Togo : quand je serai grand, je serai sapeur-pompier !

Grand-marché de Lomé en flammes. pompier je t'ai soutenu et je te soutiendrai
Grand-marché de Lomé en flammes.
Pompier togolais, je t’ai soutenu, et je te soutiendrai!

Il y a eu un incendie dans une maison à Lomé récemment. Et comme d’habitude, les gens sont mécontents parce que nos combattants du feu n’ont rien pu faire. Il faut dire qu’à Lomé, les gens ne respectent pas les sapeurs-pompiers, on les traite d’inutiles.

J’ai observé un spectacle saisissant dans le voisinage d’un ami dans une ville nord-américaine, lors d’un incendie dans un appartement. J’ai vu une armée de pompiers; j’ai vu des types habillés comme des cosmonautes (en jaune) arriver.

Eh! Ils n’ont pas eu pitié du feu là hein! Ils ont cassé ce qu’il fallait casser, brisé ce qu’il fallait briser, sauvé ce qu’il fallait sauver, et le travail était fini.

Nous avons tous applaudi et chacun a continué son chemin. J’étais ébahi ; et comme j’avais l’habitude de dire dans mon enfance lorsque je voyais Chuck Norris revenir indemne d’une guerre après avoir sauvé tout le monde : Eh ! Le Blanc est puissant !!!

Je comprenais enfin pourquoi le petit-Blanc rêve souvent de devenir pompier.

Retournons à Lomé, où devenir un  jour pompier ne fait même pas partie des cauchemars des enfants togolais : pompier ééh ? C’est quoi ça ?

Donc, sous d’autres cieux les sapeurs-pompiers sont de véritables héros, respectés; ils gagnent assez bien leur vie : c’est une vocation.

À Lomé, en cas d’incendie, quand vous appelez les sapeurs-pompiers, il faut prier, vraiment, pour qu’ils arrivent à temps.

Ils doivent d’abord remplir leur camion d’eau (je ne sais pas comment ça s’appelle). Ensuite, il faut qu’ils trouvent le chemin pour arriver sur les lieux.

C’est vrai quoi! Pour vous aider, les pompiers doivent d’abord arriver sains et saufs. Si vous ne le savez pas, il y a des obstacles qui n’ont pas de noms dans les ruelles de Lomé.

Ah! J’allais oublier, Google Map a du pain sur la planche chez moi à Lomé.

Lisez-moi ça ! Et vous serez témoin d’un parcours de sapeurs-pompiers :

-Les pompiers : Euh! C’est où le feu dans le quartier ?

-un passant : Oh! C’est derrière  ̎Chez Tonton  ̎ !

-Les Pompiers : C’est quoi  ̎ Chez Tonton ̎ ?

-un passant : C’est un magasin d’alimentation générale

-Les pompiers : Ok! Et on fait comment pour arriver là-bas?

-un passant : Bon ! Continuez tout droit! Après deux corners – c’ est comme ça que nous appelons les intersections de rues – vous tournez à gauche; vous allez voir un mécanicien; tournez à droite encore, puis prenez le deuxième corner, c’est là-bas, juste à côté de la maison d’Ankounô, la vendeuse d’Ayimolou (riz au haricot).

Pendant ce temps le feu est content, il se marre devant les gens qui tentent de l’éteindre avec leurs bassines d’eau.

Les pompiers finissent par arriver après avoir franchi tous les obstacles : contourner un dépotoir en pleine rue qui ne dérange personne, puis le marécage qui s’est installé en pleine rue et qui ne tarit jamais.

Ils sont donc là (mais ce n’est pas une armée), le feu aussi; on va voir qui gagnera.

Chacun fait de son mieux, mais à un moment donné quelque chose d’inhabituel arrive : l’eau des pompiers est finie. Le feu reprend de la puissance.

Un des futurs sinistrés ne craignant pas pour sa vie, mais pour l’écran plat neuf acheté il y a une semaine crie : « Awô, ma Samsung –laaa, s’il vous plait pompier-chef, sauvez-la ! »

La réponse du pompier : « Faire quoi? Tu me prends pour un kamikaze ? Vas-y toi-même, on va te regarder. »

À la fin les flammes ont eu raison de la chambre du gars, de son écran plat, de tout.

Tout ça pour dire que la réalité des pompiers togolais n’est pas simple. Ils sont sous-équipés, et manquent de formation.

Personnellement, je ne connais qu’une seule caserne de pompiers à Lomé, leur quartier général; je ne sais pas s’il y en a d’autres. Comment vouloir que les pompiers arrivent vite sur le lieu d’un incendie s’ils doivent traverser la ville entière ?

Je le répète, pour combattre le feu, il faut des gens motivés et bien équipés.

On n’a pas les moyens !

Les autorités togolaises doivent alors faire un choix : acheter des gaz lacrymogènes et autres conneries antiémeutes ou bien équiper et former nos sapeurs-pompiers à la hauteur de leur tâche.

Et qu’enfin l’enfant togolais puisse dire : « Quand je serai grand, je serai pompier »

Kèdèèè!

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jeogo
Les miracles n'arrivent qu'à ceux qui n'abandonnent jamais.Je suis celui qui se cherche et se recherche au travers des histoires et problématiques.Yohh!!! ce n'est pas facile hein! Mais comme on le dit dans ma belle ville Lomé: tout est KÈDÈÈÈ. C'est pourquoi je livre mes certitudes, mes interrogations.Je crois aux miracles togolais et africains,je crois au miracle de la vie.

2 réflexions sur “Togo : quand je serai grand, je serai sapeur-pompier !

  1. « -un passant : Bon ! Continuez tout droit! Après deux corners – c’ est comme ça que nous appelons les intersections de rues – vous tournez à gauche; vous allez voir un mécanicien; tournez à droite encore, puis prenez le deuxième corner, c’est là-bas, juste à côté de la maison d’Ankounô, la vendeuse d’Ayimolou (riz au haricot) ». Ça, mon cher jéogo, c’est à pleurer de rire. Il faut des hélicos pour sécuriser la ville. Ainsi Google map peut avoir une utilité. J’avoue, que je me suis cru à Nouakchott, avec ces adresses à la tradition orale. Exercice bien réussi.

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